mardi 3 juin 2014

Pollution du fleuve Charente : pesticides, au cœur des données


Le fleuve Charente un petit matin d'hiver
Le 30 avril dernier, le journal local Charente Libre débusquait l'information issue d'un rapport du ministère de l'écologie : "Les pesticides dans les eaux douces" : La Charente serait le fleuve le plus polluée de France, concernant les pesticides, sur la section allant de Angoulême à Saintes.

En effet le rapport indique clairement notre zone géographique comme ayant le maximum de pollution aux pesticides en France : 6,2 µg/litre dans les eaux de surface !

A partir de 0,5 µg/L l'eau est impropre à la consommation et à partir de 5 µg/L l'eau est réglementairement impropre a produire de l'eau potable (c'est à dire que l'on ne peut pas la dépolluer).

Situation très critique
Le même rapport accuse explicitement le secteur agricole qui fait grand usage de pesticides, herbicides et autres intrants ; notamment en viticulture et notamment dans le Cognaçais ou le rendement prime sur la qualité du raisin...



Suite au début de polémique le rapport a été amendé et précise désormais que "les données de ce secteur (le notre) sont fortement influencées par une contamination isolée et non nécessairement représentative du secteur dans sa globalité" (sic). J'ai contacter les services du ministère et les auteurs de l'étude pour avoir des détails.

Ce rapport a été établi avec les données récoltées par les réseaux de stations de mesure des cours d'eau et des eaux profondes (nappes phréatiques) en 2011. Pour chaque secteur une moyenne a été effectuée pour les stations qui ont fait au moins 4 mesures dans l'année.

Sur notre secteur cela concerne 12 stations de mesures des eaux de surface (avec leur concentration totale de pesticides en 2011, le lien renvoi vers le résumé des mesures de la station, les données brutes sont disponibles tout en bas de chaque page) :
  • Javrezac (l'Antenne) 0,18 µg/L 
  • Mons (l'Antenne) 0,09 µg/L 
  • Migron (le Dandelot) 0,08 µg/L 
  • Thors (le Briou) 0,32 µg/L 
  • Nercillac (la Soloire) 2,67 µg/L 
  • Reparsac (le Tourtat) 72,92 µg/L 
  • Bréville (la Soloire) 0,94 µg/L 
  • Nersac (la Boème) 0,54 µg/L 
  • Trois-Palis (la Charente) 0,21 µg/L 
  • Saint-Michel (les Eaux Claires) 0,13 µg/L 
  • Saint-Simeux (la Charente) 0,07 µg/L 
  • Merpins (la Charente) 0,05 µg/L 
Le Tourtat
Le Tourtat est un petit ruisseau qui se jette dans la Soloire vers Réparsac et qui elle-même se jette dans la Charente (voir carte).
La station du Tourtat est en effet atypique (73 µg/L en moyenne en 2011) et explique en grande partie la forte moyenne de 6,2 µg/L du secteur, on notera bien sur que la station proche de Nercillac présente aussi une valeur forte, ainsi qu'a Bréville : c'est donc toute la Soloire qui est touchée et probablement à partir du Tourtat.
Ensuite viennent Nersac sur la Boème, puis Thors sur le Brioux et Trois-Palis aux Eaux Claires...
Tout ceci sont des moyennes annuelles, au Tourtat la valeur maximale a été d'environ 120 µg/L le 6 juin 2011.
En 2012 les concentrations ont été moitié moindre environ.

Glyphosate
Lorsque l'on consulte les données par polluants de cette station, c'est la Glyphosate et l'AMPA (un sous-produit du Glyphosate) qui représente très largement ce pic de pollution.
Le glyphosate est un désherbant total foliaire systémique, c’est-à-dire un herbicide non sélectif absorbé par les feuilles et ayant une action généralisée, autrefois produit sous brevet, exclusivement par Monsanto à partir de 1974, sous la marque Roundup. Le brevet est tombé dans le domaine public en 2000, d'autres sociétés produisent désormais du glyphosate.

C'est donc un désherbant très utilisé car il n'attaque que les feuilles (défoliant) et peu donc être pulvérisé au sol sur les mauvaises herbes, sans avoir "trop" d'effets sur la pousse de la vigne...

Le glyphosate se dégrade dans l'eau, mais pas son principal sous-produit l'Acide Aminométhylphosphonique (AMPA). C'est donc le Glyphosate et l'AMPA que l'on retrouve dans les sols et l'eau.

Les mesures brutes de la station du Tourtat à Réparsac :
Un cas isolé ?
Le message officiel est a ce stade, "un cas isolé" mais on voit bien que le rapport prend tout de même des pincettes en précisant "[...] contamination isolée et non nécessairement représentative du secteur dans sa globalité.î C'est donc peut être un cas isolé... ou pas...

En consultant les autres stations ont constate surtout que très peu mesure le Glyphosate ou l'AMPA, difficile donc d'en déduire si ce polluant particulier se retrouve plus en aval... ou pas.

Les eaux souterraines
Toutefois un autre indicateur du rapport d'origine est peu commenté : la carte de la pollution des eaux souterraines. Celles-ci sont le reflet de la pollution de long terme qui finit par s'infiltrer au plus profond dans les nappes phréatiques. Or là encore notre secteur est en rouge écarlate sur la carte (comme d'autre) avec les valeurs moindre (a cause de la durée d'infiltration et de la dilution). Notre secteur est quand même indiqué à 0,5 µg/L ce qui rend l'eau non potable... Dommage c'étaient nos futures réserves d'eau.



Certes la Charente n'est peut être pas "le fleuve le plus pollués de France", mais notre secteur est clairement dans le peloton de tête. Les effets des pesticides sur la santé commence juste a être sérieusement étudiés et leur usage massif en agriculture et notamment en viticulture aggravent considérablement nos ressources en eau.

Pour terminer des photos de 4 vignes réalisées le 21 mai 2009 qui montre 4 pratiques viticoles différentes, dont 2 qui usent clairement d'herbicides foliaires (type Glyphosate donc).
Aucun traitement, à par une tonte
Labouré (1 rang sur 2)
Désherbé au défoliant, admirez la camaïeu de beige
Là je sais pas comment c'est fait, y'a rien qui pousse sauf la vigne
l'usage de défoliant massif est probable...

2 commentaires:

Résistons par les Actes a dit…

En complément de ces précisions il faut consulter la synthèse "Charente" de l'état des lieux du bassin Adour Garonne en vue du SDAGE 2016-2021 téléchargeable sur le site de l4agence de Bassin

Jean a dit…

Merci beaucoup pour cet article !
Comme ce serait agréable si toutes les vignes ressemblaient aux deux premières photos...